Usages et menaces sur les zones humides

I - Quelques notions de base : les typologies d'usage des zones humides

A - Usages en fonction de la nature du sol
B - Exploitations agricoles
Utilisation du sol
a - Les cultures
b - Le drainage
c - Les animaux
C - Les zones industrielles
1) Les carrières (tourbe, granulats)
a - L'extraction de tourbe
b - Les gravières
2) Les moulins
D - L'aménagement du territoire et l'environnement
1) L'urbanisme
a - Le Plan Local d'Urbanisme
b- Aménagements
2) La gestion hydraulique
3) Autres usages
II - Applications : les menaces qui pèsent sur les zones humides

A - Les dégradations des zones humides
1) Les piscicultures intensives
2) La sylviculture
a - La populiculture
b - L'enrésinement
3) L'agriculture intensive
B - Les destructions de zones humides
1) Les carrières (granulats, tourbes)
2) Les réseaux
3) L'urbanisme
a - Le Plan Local d'Urbanisme
b- Aménagements
4) Les zones halieutiques
5) La gestion hydraulique
Bibliographie

Les zones humides accueillent de nombreuses activités. Quelques-unes participent au maintien de ces paysages. Mais beaucoup de ces zones ont été et sont encore détruites à cause de besoins concrets (difficulté de traversée, «faim de terre», paludisme...) mais aussi pour des raisons plus psychosociologiques (absence de civilisation, impression d'immensité, foisonnement végétal...).

I - Quelques notions de base : les typologies d'usage des zones humides

A - Usages en fonction de la nature du sol

Type de sol Utilisation du sol
oligotrophe peu perturbé par l'Homme
mésotrophe fertile par l'agriculture
eutrophe forte colonisation humaine
polytrophe rejets urbains ou industriels
dystrophe anthropisation

Attention, tous les milieux naturels ne sont pas forcément oligotrophes en l'absence d'action anthropique (ex : pelouses littorales en zone de nidification).

B - Exploitations agricoles

Utilisation du sol

a - Les cultures

Les zones cultivables sont souvent plantées de maïs (surtout dans les fonds de vallées). D'autres usages se pratiquent sur ces zones, ce qui permet ainsi de les maintenir en l'état. Ce sont la fenaison, le pâturage, l'écobuage, l'étrépage, le faucardage, la cueillette.

Ecobuage : les mottes sont mises en tas puis brûlées. Les cendres sont répandues sur le sol . Il correspond un peu à la culture sur brûlis.

Etrépage : couper les souches de bruyères et de graminées, les retourner et labourer le tout.

b - Le drainage

Cette pratique remonte à l'Antiquité. L'objectif est de gagner de nouvelles terres agricoles et d'augmenter le rendement. Les prairies naturelles peuvent ainsi devenir des terres cultivables. Il peut aussi favoriser l'accès d'animaux ou d'engins sur des sols auparavant trop meubles ou permettre une réorientation des cultures.

c - Les animaux

Les zones difficilement accessibles par les engins peuvent être pâturées par des animaux dont le poids est à prendre en compte par rapport à la portance du sol. C'est pourquoi certaines espèces végétales sont fauchées pour faire du fourrage ou de la litière tandis que d'autres espèces sont pâturées sur place.

Il faut trouver un équilibre entre le surpâturage qui conduit à l'envahissement de certaines espèces et le sous pâturage qui permet le boisement.

C - Les sites industriels et micro-industriels

1) Les carrières (tourbe, granulats)

a - L'extraction de tourbe

La tourbe était utilisée comme litière pour le bétail et comme combustible. Elle a été remplacée par le charbon. Son extraction artisanale a plutôt favorisé la conservation des tourbières voire leur rajeunissement. En effet, l'espace mis à nu est favorable à l'installation d'espèces végétales pionnières.

b - Les gravières

De nombreuses zones humides reposent sur un substrat alluvionnaire gorgé d'eau de la nappe phréatique. Les gravières atteignent rapidement la nappe phréatique (peu profonde en Bretagne). Les excavations sont naturellement ennoyées et peuvent être colonisées par la végétation sous certaines conditions (pas de paroi verticale, possibilité de formation d'un humus...).

Ces zones d'exploitation doivent obligatoirement faire l'objet d'un réaménagement par le carrier après extraction (art. 109 du code minier). Beaucoup d'entre eux choisissent la solution du remblai.

2) Les moulins

Dépendant directement de cours d'eau ou de retenues, les moulins à eau ont été installés dans les fonds de vallée. Leur implantation a une incidence importante sur les milieux humides en raison notamment des endiguements, des canaux ou biefs et étangs. Aujourd'hui de nombreux moulins ont disparu mais les sites on souvent conservé l'empreinte de cette activité. Les anciens étangs de moulins, s'il ne sont pas curés, s'atterrissent et engendrent de nouveaux types de zone humide dont le substrat est formé par les alluvions stockées dernière la digue. Les succession végétales peuvent y être intéressantes notamment en queue d'étang. Quant aux moulins encore en place, ils sont intégrés et sont une forte composante du patrimoine local mais constitue souvent des obstacles à la migration des poissons.

D - L'aménagement du territoire et l'environnement

1) L'urbanisme

a - Le Plan Local d'Urbanisme

Les dispositions du Plan Local d'Urbanisme (PLU) prévoient la possibilité de classer des zones humides en zones  «N» (zones naturelles ou forestières). Le PLU se substitue désormais à l'ancien POS (Plan d'Occupation des Sol) qui établi de façon cohérente répertoriait les zones humides en zonage «ND» : zone naturelle à protéger.

b- Aménagements

Ports, aménagements touristiques

2) La gestion hydraulique

Les zones humides de fonds de vallée peuvent être utilisées comme zone de stockage des eaux de crues : on parle de rôle éponge. Cette eau stockée est réintroduite dans le circuit hydraulique lorsque les niveaux des cours d'eau sont au plus bas : on appelle cela le soutien d'étiage.

3) Autres usages

Faucardage : couper les roseaux pour faire des toits de chaume. Ceci permet de ralentir l'envahissement des zones humides par cette espèce prolifique et de retarder l'atterrissement et le comblement naturel.

Cueillette : ressources alimentaires ou médicinales

II - Applications : les menaces qui pèsent sur les zones humides

Plus de 30% des espèces végétales remarquables et menacées en France vivent dans les zones humides.

A - Les dégradations de zones humides

1) Les piscicultures intensives

Jusqu'il y a peu de temps leur production était extensive. L'intensification s'est accélérée depuis une quinzaine d'années. Cette pratique entraîne de nombreuses perturbations de l'environnement : apport de fertilisant ou amendement, emploi de désherbant, remplacement mécanisé des berges en pente douce par des berges abruptes.

2) La sylviculture

Cette pratique permet souvent de rentabiliser des terrains jusque là peu ou pas exploités. Mais elle représente une réelle menace car les politiques publiques favorisent cette pratique par des soutiens financiers, des exonérations fiscales, des encadrements et des incitations techniques. Ces aides encouragent le développement de ces plantations qui peuvent à terme faire disparaître un grand nombre de zones humides.

a - La populiculture

Les peupliers acceptent bien les conditions écologiques des zones humides et supportent des immersions passagères. Le prélèvement d'eau par les arbres (et parfois le drainage) bouleverse le milieu et l'appauvrit.

b - L'enrésinement

Il concerne la plantation de pins maritimes et sylvestres, sapins, tsugas, douglas, mélèzes et épicéa. Il fait rapidement disparaître la zone humide en lui substituant un milieu irréversiblement appauvri : il stérilise le milieu. Ceci est dû au drainage artificiel, à l'acidification du sol et à la diminution de luminosité.

Après plusieurs années de reboisement des zones humides, un constat a été fait : c'est un échec technique et économique. De plus tous ont des conséquences écologiques néfastes.

3) L'agriculture intensive

Les pollutions d'origine agricole peuvent entraîner une diminution de la biodiversité en favorisant quelques espèces végétales mieux adaptées aux nouvelles conditions du milieu (apport d'engrais et de pesticides).

B - Les destructions de zones humides

1) Les carrières (granulats, tourbes)

L'extraction dans le lit mineur a plusieurs conséquences :

Dans le lit majeur, les influences sont similaires :

2) Les réseaux

Les infrastructures linéaires (routes, voies ferrées) entraînent une destruction complète de tous les types de milieux sur l'étendue de leur emprise. Ils perturbent en outre le fonctionnement hydrologique et écologique de la zone humide. Ces aménagements peuvent être à l'origine de pollutions (lessivage des chaussées par les eaux de pluie, entraînement d'herbicide employé pour l'entretien des voies....

3) L'urbanisme

a - Le Plan Local d'Urbanisme

L'extension des villes amène parfois les collectivités territoriales à construire sur des zones humides. Le classement en zone N n'empêche pas l'utilisation de ces terrains en décharges sauvages.

La construction de routes avec bretelles d'accès entraîne souvent l'installation d'établissements industriels ou de loisirs à proximité.

Les zones humides sont souvent remblayées. Les conséquences sont alors multiples :

  • Destruction totale des milieux naturels soumis à l'emprise de la route ;
  • Perturbation du fonctionnement écologique des milieux riverains ;
  • Disparition des petites zones humides ;
  • Mitage de l'espace sur les grandes zones humides ;
  • Construction de bâti, décharges.

    Victimes aujourd'hui d'un manque d'intérêt agricole, les zones humides sont souvent utilisées comme décharges sauvages. La destruction est alors irréversible.

    b- Aménagements

    Les ports sont chenalisés ce qui entraîne un rejet des produits de dragage sur les zones humides voisines ainsi qu'une modification hydraulique et écologique de l'estuaire.

    4) Les zones halieutiques

    Des bassins piscicoles ont pu remplacer les marais salants dont l'exploitation avait été abandonnée. L'aquaculture entraîne de nombreuses perturbations : approfondissement des bassins, bétonnage des berges, modification des circuits d'alimentation hydraulique...

    5) La gestion hydraulique

    Beaucoup de cours d'eau sont canalisés, curés, enrochés etc., ce qui modifie le niveau des nappes phréatiques, le régime des crues et les conditions d'échanges entre le cours d'eau et les milieux humides riverains.

    Les aménagements hydroélectriques entraînent une destruction du milieu, une perturbation du régime des eaux ainsi qu'une modification des nappes phréatiques.

    Le prélèvement d'eau, par les industries entre autre, diminue le caractère humide des milieux riverains des cours d'eau.

    Bibliographie

  • Bioret F. et al (1994) Catalogue des espèces et des habitats de la Directive Habitats présents en Bretagne, ed. DIREN, 232 p.
  • Charbonnier L. (1984) Evolution des zones humides d'intérieur de Bretagne, ed. Bretagne Vivante SEPNB, 267 p.
  • Conservatoire Botanique National de Brest, DIREN Bretagne Inventaire et cartographie des habitats dans les sites Natura 2000 de Bretagne - Eléments pour la rédaction d'un cahier des charges, ed CBN, 16 p.
  • Groupe Zones humides (2000) Zones humides infos n°29, ed. SNPN, 16 p.
  • Mérot et al. (2000) Ty-Fon : typologie fonctionnelle des fonds de vallée en vue de la régulation de la pollution diffuse, rapport de synthèse final, ed. PNRZH, 115 p.
  • Barnaud G. (1998) Conservation des zones humides : concepts et méthodes appliquées à leur caractérisation, ed. MNHN, 447 p.
  • Comité interministériel de l'évaluation des politiques publiques (1994) Les zones humides : rapport d'évaluation, ed. Documentation Française, 391 p.