Les zones humides en Bretagne

Vers une protection et une mise en valeur cohérentes

Introduction

Les zones humides sont aujourd'hui au coeur de l'actualité écologique. Pour un nombre croissant de personnes, elles représentent un enjeu pour la gestion qualitative et quantitative de l'eau, pour la préservation de notre patrimoine naturel, paysager, voire historique.

Force est de constater qu'il n'existe pas actuellement d'interlocuteur privilégié pour défendre les zones humides de façon générale sur la région Bretagne. De par son investissement historique dans les vallées et sur les cours d'eau, Eau & Rivières a légitimité pour intervenir dans ce domaine avec des objectifs liés à la gestion qualitative et quantitative de la ressource en eau ainsi qu'à la protection et au développement de la diversité biologique.

I Rappels sur les rôles des zones humides

En préambule, il faut rappeler que les zones humides s'intègrent dans un ensemble d'éléments constitutifs du paysage de la Bretagne. Elles s'intègrent tout d'abord au réseau hydrographique. Toutes les zones humides bretonnes sont en effet connectées aux rivières et aux estuaires. Elles s'établissent aussi en continuité avec les versants des vallées et les éléments agricoles traditionnels comme les talus, les taillis, et de façon générale le réseau bocager.

Il est avéré aujourd'hui que les zones humides jouent un certain nombre de rôles. Elles assurent notamment une rétention et une auto-épuration des eaux qui transitent en leur sein. L'intérêt des zones humides de fonds de vallée vis-à-vis de l'expansion des crues est particulièrement visible dans les parties basses des vallées et près des zones urbaines. Leur disparition sous les remblais ou l'urbanisation provoque notamment une forte accentuation des inondations.

Leur caractère d'espace naturel - c'est-à-dire d'espace où l'impact des activités humaines a tendance à se fondre avec la dynamique de l'écosystème - permet d'abriter des habitats naturels singuliers et une richesse spécifique intéressante. Les prairies, forme très organisée et rationalisée des zones humides, représentent bien ce compromis entre économie agricole et valeur patrimoniale d'intérêt général.

Les zones humides occupent par ailleurs une position stratégique dans notre paysage et, au même titre que les rivières, assurent au promeneur une diversité de paysages et d'ambiances où parfois émergent des aspects culturels liés à la symbolique et à l'imaginaire.

Certaines zones humides, de taille plus importante, ont un rôle non négligeable dans le développement local par le biais notamment de l'éco-tourisme.

II Constats

Il est tout aussi avéré que les zones humides ont subi, notamment depuis le XVIIIème siècle en Bretagne, d'importantes modifications. Le rapport d'évalutation des politiques publiques, dit «rapport Bernard» (1994), sur les zones humides marque, sur ce point, un tournant dans la conscience publique de ce phénomène.

Symboles de lieux sauvages, incultes et fangeux, les zones humides ont fait l'objet d'une rationalisation et d'une destruction qui s'est accélérée dans la deuxième partie du XXème siècle. L'intensification agricole et la croissance des villes ont eu raison de nombreuses zones humides exploitées ou non.

Au mieux, les zones humides ont été abandonnées. Quand elles n'ont pas fait l'objet de dégradations d'origine humaine, elles se sont considérablement dévalorisées avec l'enfrichement et le boisement généralisés (cas des zones humides continentales).

La rationnalisation et l'intensification destructrices sont confrontées aujourd'hui à des arguments scientifiques qui démontrent l'importance des zones humides dans les phénomènes d'épuration. L'exemple le plus probant est représenté par la création de zones humides artificielles pour assurer le traitement tertiaire des eaux usées (les lagunages à macrophytes par exemple).

Sur le plan législatif, il faut reconnaître que la loi sur l'eau est insuffisant pour contrecarrer les pratiques destructrices. Les décrets d'application ne font que réglementer (systèmes de seuils et opération soumises à déclaration ou à autorisation) les usages et n'instaurent pas d'interdiction de destruction ou de modification.

Dans le même temps, de nouveaux types de destructions apparaissent tel que la création de plans d'eau avec leur impact sur la qualité de l'eau et des écosystèmes (destruction de la zone humide initiale, réchauffement de l'eau, anoxie, introduction d'espèces végétales et animales exogènes...).

III Problématique

Au cours des années 90, le ministère de l'environnement a lancé diffférentes initiatives visant à promouvoir le rôle des zones humides. Le plan «Agir pour les zones humides» (1995) a tenté de protéger ces lieux singuliers. En parallèle, un programme de recherche baptisé «Programme national de recherche sur les zones humides» fédère des chercheurs sur des thématiques permettant de démontrer la portée des phénomènes biologiques présents dans les zones humides. Par un mouvement de banlancier, une action protectrice répond maintenant à la destruction massive antérieure.

Des tentatives d'utilisation des zones humides dans les opérations «bassin versant» se multiplient, notamment dans des vallées où la pollution diffuse provenant des élevages hors-sol est catastrophique.

Nous ne devons pas placer d'espoirs trompeurs dans les zones humides, ce qui pourrait conduire à des dérives.

Toutefois, mettre en avant leur rôle épuratoire est un puissant levier pour contribuer à sensibiliser une partie de la population, agriculteurs et aménageurs notamment, à l'intérêt qu'elles représentent.

Plus largement, il est fondamental d'intégrer dans la réflexion de protection et d'aménagement des zones humides :

IV But général

Loin de rejeter la vertu épuratoire des zones humides, nous souhaitons mener une action pour assurer une mise en valeur qui ne soit pas univoque, mais qui intègre toutes les dimensions de ce milieu (scientifique, agricole, culturelle, patrimoniale).

Les programmes d'aménagement et de mise en valeur doivent être réalisés à l'échelle des vallées et doivent assurer une cohérence des objectifs qui vont de la qualité de l'eau au maintien de la diversité écologique et paysagère.

Qu'elles soient continentales ou littorales, toutes les zones humides bretonnes, des sources à l'estuaire, peuvent être concernées par cette action :

La promotion intégrée des différents rôles des zones humides doit assurer la prise de conscience des intérêts multiples des zones humides et assurer la patrimonialisation de l'objet dans ses dimensions humaines et naturelles.

Sur le plan opérationnel, les actions sur les milieux dégradés (zones humides drainées et intensifiées) seront prioritaires.