Les zones humides et l'économie

I - L'agriculture

II - Usages

III - Les effets pervers de la rentabilisation des fonctions des zones humides

Bibliographie

L'utilisation des zones humides naturelles créée des bénéfices potentiels comme la réduction des coûts, l'augmentation des surfaces dépolluées, etc. L'estimation de ces bénéfices n'est pas simple.

Certaines démarches d'évaluation des zones humides se fondent non pas sur leur valeur elle-même mais sur leurs produits. Mais l'utilité de certaines fonctions (comme la gestion de l'eau) n'est pas évidente à estimer. Il faut réussir à trouver des équivalents monétaires. Cela peut se faire par évaluation des coûts «évités» du fait du maintien de la zone humide mais reste une évaluation indirecte car il faut simuler les comportements en cas de dégradation ou de disparition de la zone humide. De plus, cette évaluation est d'autant plus difficile qu'elle se fait à travers des réactions sociales. Ces dernières peuvent être de trois types : remplacement du service, protection contre les effets de la disparition du service ou acceptation de ces effets.

Les ressources naturelles liées aux zones humides conditionnent l'exercice d'activités économiques des secteurs primaire, secondaire et tertiaire. Il n'est pas facile d'estimer la valeur financière de ces ressources. Chiffrer les infrastructures artificielles remplaçant les zones humides ou les interventions pour leur gestion peut permettre d'avoir une idée de la valeur de leurs services rendus.

Ce qui est sûr, c'est qu'il est plus coûteux de restaurer une zone humide après sa destruction que d'en assurer sa préservation à long terme.

I - L'agriculture

En termes privés, l'exploitant agricole n'a aucun intérêt à préserver les zones humides de bas-fonds dont il dispose.

D'une façon générale, les travaux d'assèchement et de drainage des zones humides à des fins agricoles reposent sur un ensemble de soutiens financiers publics à l'échelle de l'exploitation agricole et beaucoup plus rarement à l'échelle de la collectivité.

Le problème viendrait principalement du fait qu'une partie importante des fonctionnalités que possèdent les zones humides ne participa pas directement au système marchand (Fustec et Lefeuvre, p. 311).

Le gel des terres entraîne une réduction du revenu de l'agriculteur due à la non exploitation de ses terres, faisant apparaître la notion de surplus du producteur. Ce gel entraîne également une évaluation de l'indemnisation nécessaire.

Le principal coût des zones humides tient aux pertes que subissent les agriculteurs : pertes potentielles s'ils ne cultivent pas ces zones ou réelles si on leur demande d'abandonner leur utilisation productive. Dans ces conditions, la collectivité peut être amenée à dédommager les agriculteurs pour les manques à gagner.

La société peut racheter le droit de disposer des ressources des zones humides dans un sens plus conforme à l'intérêt commun :

  • elle achète les biens concernés et résout le problème de l'entretien des terrains acquis ;
  • elle loue ce droit de propriété environnementale en versant un dédommagement aux agriculteurs.

    Les paiements directs sont justifiés par le fait que les agriculteurs acceptent les contraintes sur leur activité. Ces paiements sont basés sur le profit auquel ils renoncent. La principale difficulté est alors d'évaluer les bénéfices produits.

    Le manque à gagner pour les agriculteurs est de 487 à 686 euros (3 200 à 4 500 francs) selon l'étude de K. Malicot.

    II - Usages

    Les zones humides peuvent assurer une production végétale exploitable directement ou utilisable par l'intermédiaire des filières d'élevage, mais les techniques d'élevage actuelles défavorisent le pacage sur zones humides.



    Les techniques d'élevage actuelles défavorisent le pacage sur zones humides

    Elles accueillent aussi des activités récréatives et touristiques.

    Les zones humides sont difficilement valorisables sur le marché. Les bas-fonds laissés en l'état peuvent apparaître comme un luxe. Ces espaces peuvent pourtant se voir attribuer une valeur économique que l'on peut décomposer par rapport aux fonctions remplies :

    Des données précises sont nécessaires pour mesurer toutes les composantes des valeurs marginales. On doit en outre avoir de bonnes connaissances concernant l'économie du pays et les écosystèmes.

    L'ensemble des activités récréatives hébergées par les zones humides vient apporter des flux financiers dont la signification peut être déterminante.

    La reconnaissance des prestations éducatives, l'acceptation de la rémunération des randonnées de découverte guidées, la fréquentation des centres d'expositions thématiques représentent des approches variées et complémentaires de la mise en valeur des zones humides. Editions de livres, cartes postales, films... sont autant de revenus indirects des zones humides.

    Une absence de «signal-prix» pour les services délivrés par les zones humides a certainement contribué à leur destruction. Les utilisations productives prennent le pas sur leurs utilisations environnementales.

    En termes économiques, les services essentiels sont les fonctions trophiques et d'habitat. Les services de substitution sont la stabilisation du littoral, le pouvoir épurateur des effluents, le potentiel de recharge des aquifères...

    Le maintien des agriculteurs est à promouvoir, d'autant plus que cela permet la conservation d'un tissu économique rural fort en considérant l'ensemble des filières concernées en aval comme en amont.

    III - Les effets pervers de la rentabilisation des fonctions des zones humides

    Ne considérer les zones humides que par les services rendus peut induire deux effets non souhaités :

  • chercher à maximiser les processus, au risque de dégrader voire détruire les zones humides
  • comparer les zones humides avec des infrastructures artificielles peut tourner en défaveur des zones humides sur le plan de l'efficacité fonctionnelle (problème de spécialisation).

    La dégradation des zones humides, si elle est rentable pour certains, peut s'avérer coûteuse pour d'autres. Ce débat peut permettre de donner la parole à certains enjeux qui ne seraient pas évoqués autrement.

    Bibliographie

  • Hovelaque R., Le Malicot K., Rainelli P. (1996) Gestion des zones humides par les agriculteurs : problèmes d'évaluation économique, dans «Hydrologie dans les pays celtiques», ed. INRA, p. 435-442
  • Le Malicot K. (1995) Les zones humides de bas-fonds - Impact économique de leur conservation au niveau de l'exploitation agricole, DEA de l'Université de Rennes I, ed. INRA, 82 p.
  • Yon D. (2000) La valeur récréative et culturelle des zones humides dans «Valeurs et fonctions des zones humides», Fustec E. et Lefeuvre J.C. (2000) p. 277-294
  • Point P. (2000) Les évaluations économiques des services rendus par les zones humides dans «Valeurs et fonctions des zones humides», Fustec E. et Lefeuvre J.C. (2000) p. 295-309 ;
  • Ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement (2001), site internet www.environnement.gouv.fr