Définitions des zones humides

I - Quelques notions de base : les textes existants

II - Applications : les textes les plus utilisés
A- A l'échelle internationale
B- Au niveau de la France
III - Les forces et faiblesses de ces textes
A- Des textes peu précis ou pointant un facteur
1) Des définitions courtes et générales
2) Focalisation sur quelques facteurs
a - L'eau
b - Le fonctionnement et l'usage
B- D'autres textes plus complets mais non exhaustifs
1) Des définitions globales
2) Des défintions proches du terrain (scientifique ou réglementaire)
Bibliographie

I - Quelques notions de base : les textes existants

  • Définition de la Conférence Internationale des Saintes-Maries-de-la-mer (1964)

    «Toutes les régions marécageuses et toutes les étendues d'eau de moins de six mètres de profondeur, qu'elles soient douces ou salées, temporaires ou permanentes, stagnantes ou courantes.»

  • Définition de la Convention de Ramsar (1971)

    «Les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d'eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l'eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d'eau marine dont la profondeur à marée basse n'excède pas six mètres.»

    «Article 2 : les limites de chaque zone humide devront être décrites de façon précise et reportées sur une carte, et elles pourront inclure des zones de rives ou de côtes adjacentes à la zone humide et des îles ou des étendues d'eau marine d'une profondeur supérieure à six mètres à marrée basse, entourées par la zone humide, particulièrement lorsque ces zones, îles ou étendues d'eau, ont de l'importance en tant qu'habitat des oiseaux d'eau.»

  • Définition de Jouanin (dans Penn ar Bed 1979)

    «Les zones humides sont des milieux où la terre et l'eau sont en contact étroit, d'où exaltation des échanges entre écosystèmes différents, que la lumière pénètre dans toute leur épaisseur, d'où le développement de la photosynthèse et par voie de conséquence, des constituants de la flore et de la faune.»

  • Défintion de l'UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature et de ses ressources (1973)

    «Milieux aquatiques, aussi bien marins que côtiers ou continentaux, pour autant qu'ils soient de faible profondeur, partant des terres temporairement inondées et de tourbières tout juste imbibées, sans surface d'eau permanente, elles vont jusqu'aux lacs et étangs d'une profondeur n'excédant pas six mètres.»

  • Définition du groupe «zones humides» du Programme Biologique International (MAB UNESCO, 1974)

    «Une zone humide est une zone dominée par des plantes herbacées particulières, dont la production se situe surtout au-dessus du niveau de l'eau tandis qu'elles reçoivent des quantités d'eau qui seraient excessives pour la plupart des végétaux supérieurs présentant des organes aériens.»

  • Définition de l'Unesco, d'après le PBI (1975)

    «Toute zone de transition entre les systèmes terrestres et aquatiques où la nappe phréatique est proche de la surface du sol, ou dans laquelle cette surface est recouverte d'eau peu profonde, de façon permanente ou temporaire.»

  • Définition du Canadian Wetland Registry (1979)

    «Une zone humide est définie comme un terrain ayant un sol soit avec la nappe phréatique proche ou à la surface, soit saturé pendant une période assez longue pour permettre le développement de processus caractéristiques de zones humides ou aquatiques se traduisant par la présence de sols hydromorphes, d'une végétation hydrophyte et d'activités biologiques variées adaptées à un environnement mouillé.»

  • Définition du service de la conservation de la nature européen (1979)

    L'expression zones humides «désigne globalement des milieux tant côtiers que continentaux où l'eau engorge le sol ou le recouvre d'une épaisseur inférieure à six mètres : vasières salées des rivages marins, et des estuaires, marais, tourbières, étangs, marges des lacs, bras morts et zones de faible courant des rivières de plaine et boisements inondables.»

  • Définition de Manaud et Monbet, France (1980)

    «Les zones humides maritimes occupent des zones estuariennes ou lagunaires abritées, périodiquement recouvertes par la marée ; elles évoluent généralement en marais saumâtres par fermeture naturelle des cordons littoraux.» Les zones humides d'eau douce comprennent «les lits majeurs, zones basses situées en bordure des cours d'eau, périodiquement inondées par les crues, à boisement dominé par le peuplier et le saule ; les marécages occupant des dépressions mal drainées dans lesquelles les débris végétaux s'accumulent sous forme de tourbe et à la surface desquels flotte un tapis végétal.»

  • Dictionnaire essentiel d'écologie (Touffet, 1982)

    «Tous les milieux où le plan d'eau se situe au niveau de la surface du sol ou à proximité. Ils se trouvent ainsi saturés d'eau de façon permanente ou temporaire par des eaux courantes ou stagnantes, douces, saumâtres ou salées. Il s'y développe une végétation adaptée à un engorgement plus ou moins permanent. On comprend dans les zones humides : les zones halophiles et saumâtres, les marais arrière-littoraux, les marais continentaux, les tourbières, les bordures d'étangs et les berges des eaux courantes, les prairies, landes et bois humides établis sur des sols hydromorphes.»

  • Définition du groupe de travail du CESTA (1986)

    «On appellera ici zone humide un milieu ou ensemble de milieux dans lequel l'abondance de l'eau se traduit par un intérêt du point de vue de l'environnement, et/ou par des difficultés particulières d'aménagement rural.»

  • Définition du Comité Canadien de Classification Ecologique (1987)

    «Terres saturées d'eau assez longtemps pour favoriser les processus de milieux humides ou aquatiques : sols mal drainés, végétations hydrophytes et diverses formes d'activités adaptées à ce milieu.»

  • Définition scientifique française de Barnaud et al. (1990)

    «Les zones humides se caractérisent par la présence, permanente ou temporaire, en surface ou à faible profondeur dans le sol, d'eau disponible douce, saumâtre ou salée. Souvent en position d'interface, de transition, entre milieux terrestres et aquatiques proprement dits, elles se distinguent par une faible profondeur d'eau, des sols hydromorphes ou non évolués, et/ou une végétation dominante composée de plantes hygrophiles au moins pendant une partie de l'année. Enfin, elles nourrissent et/ou abritent de façon continue ou momentanée des espèces animales inféodées à ces espaces. Les zones humides correspondent aux marais, marécages, fondrières, fagnes, pannes, roselières, tourbières, prairies humides, marais agricoles, landes et bois marécageux, forêts alluviales et ripisylves marécageuses, mares y compris les temporaires, étangs, bras-morts, grèves à émersion saisonnière, vasières, lagunes, prés-salés, marais salicoles, sansouires, rizières, mangroves, etc. Elles se trouvent en lisière de sources, de ruisseaux, de fleuves, de lacs, en bordure de mer, de mer, de baies et d'estuaires, dans les deltas, dans les dépressions de vallée ou dans les zones de suintement à flanc de collines.»

  • Loi sur l'eau (3 janvier 1992)

    «Les zones humides sont les terrains exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre, de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année. Les dispositions ont pour objet une gestion équilibrée de la ressource en eau qui vise à assurer la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ainsi que la protection contre toute pollution et la restauration de la qualité des eaux.»

  • Dictionnaire encyclopédique de l'écologie (Ramade, 1993)

    «Terme général désignant tous les biotopes aquatiques marécageux ou lagunaires continentaux. Ces derniers sont particulièrement menacés par les drainages et les assèchements pour leur mise en culture. La conservation de ces écosystèmes constitue un des problèmes majeurs concernant la protection de la nature dans la plupart des pays dits développés et même du tiers monde à l'heure actuelle.»

    II - Applications : les textes les plus utilisés

    Les définitions précédentes ont été rédigées par des acteurs issus de différents domaines (environnement, droit...) et de différents pays. Elles n'ont pas toutes un aspect formel. Aussi, leur portée est-elle variable en fonction de l'usage qu'on veut en faire.

    A - A l'échelle internationale

    L'énoncé de Ramsar reste la définition de référence car reconnue par un grand nombre d'États qui ont ratifié la convention. Elle sert de base pour la protection des zones humides remarquables existantes de par le monde. Elle est notamment retenue par les spécialistes des oiseaux car la présence d'eau libre ou liée au substrat et à la végétation et le caractère temporaire de certaines zones humides leur semblent essentiels.

    B - Au niveau de la France

    Actuellement, la définition française de la loi sur l'eau semble être la plus utilisée. Elle constitue en effet un outil juridique qui détermine des usages et un souci de protection. Elle prend en compte également les préoccupations actuelles par rapport à la qualité de l'eau et aux pollutions.

    Important : selon la loi sur l'eau, les écosystèmes franchement aquatiques comme les étangs ne sont pas considérés comme des zones humides. Ce qui n'est pas le cas des ceintures de végétation de ces mêmes étangs.

    La définition scientifique française est utilisée par les différents organismes chargés d'établir des inventaires de zones humides au niveau local.

    III - Les forces et faiblesses de ces textes

    A - Des textes peu précis ou pointant un facteur

    1) Des définitions courtes et générales

    Les définitions du PBI ou du comité canadien de classification écologique sont brèves et s'en tiennent à quelques éléments comme l'omniprésence de l'eau et une végétation adaptée à ces conditions. Les termes tels que «près de» ou «assez longtemps» montrent bien une volonté de rester dans les grandes lignes.

    Ces définitions ne sont pas suffisamment précises pour établir des identifications rigoureuses. Mais l'avantage de l'absence de détails est qu'elles peuvent correspondre à un grand nombre de zones humides de part le monde.

    2) Focalisation sur quelques facteurs

    a - L'eau

    Les définitions de Saintes-Maries-de-la-Mer, de l'UICN, et du groupe zones humides de l'UNESCO ne prennent en compte que l'élément «eau». Elles précisent la hauteur de la nappe phréatique et l'aspect temporaire de son affleurement.

    La définition de Ramsar et du conservatoire de la nature font de même en énonçant quelques formations végétales.

    b - Le fonctionnement et l'usage

    Jouanin (1972) ne prend en compte que les aspects fonctionnels chimiques et biologiques des zones humides en soulignant leur productivité écologique.

    Ramade (1993) centre sa définition sur les utilisations et menaces qui s'appliquent aux zones humides.

    La définition du Canadian Registry s'appuie sur les conséquences biologiques directes de la présence d'eau dans toute la hauteur de sol.

    Manaud et Monbet insistent sur l'aspect fonctionnel.

    Ces définitions ne se limitent qu'à quelques aspects des zones humides. Elles ne sont donc pas représentatives de toutes les zones humides à l'échelle mondiale.

    Le groupe de travail du CESTA estime que l'ambiguïté des définitions provoque une incompréhension entre les partenaires de l'aménagement. D'où leur remarque sur la difficulté d'aménager les zones humides.

    B - D'autres textes plus complets mais non exhaustifs

    1) Des définitions globales

    L'UICN et la définition de Ramsar apportent un élément de mesure précis puisqu'elles posent un seuil maximum de six mètres de hauteur d'eau.

    Beaucoup de définitions proposent une liste de zones humides souvent basées sur les formations végétales en ce qu'elles reflètent la particularité du biotope.

    La difficulté de ces définitions est d'établir des listes répondant à tous les cas de figure existant de part le monde.

    2) Des défintions proches du terrain (scientifique ou réglementaire)

    La définition de Touffet (1982) prend en compte l'eau, la variation dans le temps et la végétation en essayant de dresser une liste de zones humides.

    La définition scientifique semble la plus complète actuellement car elle concerne l'eau et ses variations, le sol, la végétation et les animaux. Elle présente en outre une liste de zones et leurs localisations par rapport au réseau hydrographique.

    La loi sur l'eau présente les aspects d'usage, de présence d'eau, de forme de végétation, de gestion et de protection.

    Ces définitions sont assez précises. Elles peuvent être utilisées dans un cadre scientifique et réglementaire.

    Bibliographie

  • Charbonnier L. (1984) Evolution des zones humides d'intérieur de Bretagne, ed. Bretagne Vivante SEPNB, 267 p.
  • Mérot et al. (2000) Ty-Fon : typologie fonctionnelle des fonds de vallée en vue de la régulation de la pollution diffuse, rapport de synthèse final, ed. PNRZH, 115 p.
  • Barnaud G. (1998) Conservation des zones humides : concepts et méthodes appliquées à leur caractérisation, ed. MNHN, 447 p.
  • Le Duc (1979) Définition et rôle des zones humides, Penn ar bed n°12, p. 141-152.
  • Ramade F. (1993) Dictionnaire encyclopédique de l'écologie et des sciences de l'environnement, ed. Ediscences, 822 p.